Trouble anormal de voisinage : comment le faire cesser ?
- lily7386
- 26 juil. 2025
- 4 min de lecture
Un voisin bruyant, des odeurs persistantes ou encore des vibrations répétées… Ces situations peuvent rapidement devenir un trouble anormal de voisinage. Mais comment distinguer les inconvénients normaux du voisinage des troubles anormaux ? Et surtout, comment faire valoir ses droits ? Cet article vous guide pour comprendre ce qu'est un trouble, comment le prouver, et quelles démarches entreprendre pour le faire cesser.

Qu'est-ce qu'un trouble anormal de voisinage ?
Le trouble anormal de voisinage est une notion issue de la jurisprudence. Il ne figure pas explicitement dans le Code civil, mais repose sur le principe selon lequel nul ne doit causer à autrui un trouble excédant les inconvénients normaux du voisinage. La Cour de cassation a précisé cette règle dans de nombreuses décisions.
On parle de trouble anormal lorsque les nuisances subies dépassent ce qu’une personne peut raisonnablement supporter au nom de la vie en société.
Les différents types de troubles
Ils peuvent prendre plusieurs formes :
Nuisances sonores (musique, cris, aboiements)
Nuisances olfactives (odeurs de cuisine, de fumée)
Nuisances visuelles (vue obstruée, éclairage abusif)
Vibrations ou atteintes aux bâtiments
Atteintes au droit de passage
Chaque cas doit être évalué individuellement. C’est la régularité, l’intensité et l’horaire qui permettent de déterminer s’il s’agit d’un trouble anormal du voisinage.
Les critères retenus par le juge
Le juge tient compte de plusieurs critères pour qualifier un trouble excessif :
La fréquence du trouble
Son intensité
Le moment de la journée (nuit, week-end…)
Le lieu concerné (milieu urbain ou rural)
L’antériorité (le voisinage existait-il avant l'installation du plaignant ?)
C’est l’ensemble de ces éléments qui permet au juge de dire si l’anormalité du trouble est constituée.
La notion d’inconvénients normaux du voisinage
La vie en communauté implique des inconvénients normaux : bruit occasionnel, passage d’un véhicule, fumée d’un barbecue… Ceux-ci ne peuvent faire l’objet d’une action.
En revanche, un trouble excédant les inconvénients normaux du voisinage est sanctionné, même en l’absence de faute ou de non-respect du règlement. C’est une responsabilité civile dite objective.
L’action en responsabilité pour trouble anormal de voisinage
La responsabilité pour trouble anormal de voisinage ne nécessite pas de démontrer une faute de l’auteur. Il suffit de prouver :
L’existence du trouble
Son excessivité
Le lien de causalité avec l’activité du voisin ou du propriétaire voisin
Cette action repose sur les articles 1240 et suivants du Code civil, même si le terme « trouble » n’y figure pas textuellement.
Comment faire cesser le trouble ?
La première étape est souvent amiable. Vous pouvez :
Dialoguer avec votre voisin pour l’alerter
Lui adresser une lettre recommandée
Faire appel à un médiateur ou au conciliateur de justice
Si cela ne suffit pas, vous pouvez engager une action en justice pour corriger la situation et obtenir réparation du préjudice.

Les preuves à réunir
Pour convaincre le juge, il est nécessaire d’apporter des preuves concrètes :
Témoignages de voisins ou de passants
Photographies ou vidéos
Constat d’huissier
Rapports médicaux ou d’experts
Plus les preuves sont nombreuses et précises, plus vos chances de succès augmentent.
Le rôle du juge dans la résolution du litige
Le juge peut ordonner plusieurs mesures :
La cessation immédiate du trouble
Le versement de dommages et intérêts en réparation du préjudice
La réalisation de travaux correctifs
Dans certains cas, le juge peut même ordonner une astreinte financière en cas de trouble persistant.
Le recours à la médiation ou au conciliateur
Avant de saisir le tribunal, il est parfois obligatoire d’avoir tenté une résolution amiable. Le recours à la conciliation permet souvent d’éviter un long contentieux judiciaire. Des services comme service-public.fr ou data.gouv.fr proposent des annuaires pour trouver un conciliateur.
Cas particuliers : troubles issus de travaux
Le maître d’ouvrage ou l’entreprise réalisant des travaux peut être tenu responsable si ceux-ci génèrent un trouble anormal de voisinage. Même s’il dispose d’un permis de construire, il doit éviter les nuisances anormales.
Que dit la jurisprudence ?
La Cour de cassation a posé de nombreux principes :
L’ancienneté d’un trouble ne suffit pas à le justifier
Un trouble anormal peut être retenu même si l’auteur respecte les normes légales
Le fait que le trouble touche plusieurs personnes renforce son anormalité
Qui est responsable ?
Le propriétaire, le locataire ou même une entreprise peuvent être désignés comme auteur du trouble, selon le contexte. Le juge détermine la responsabilité selon les faits et la relation contractuelle.
Quelles sanctions possibles ?
Outre l’obligation de faire restaurer la tranquillité, le juge peut imposer :
Une indemnisation financière du préjudice
Une astreinte journalière en cas de non-exécution
La démolition d’un ouvrage, dans certains cas extrêmes
Ces sanctions ont pour but de restaurer la tranquillité du voisinage.
L’utilité d’un avocat
Bien qu’elle ne soit pas obligatoire, l’assistance d’un avocat est vivement recommandée. Il vous aidera à constituer votre dossier, à identifier les articles juridiques pertinents, et à défendre vos droits devant le juge.
Les troubles anormaux du voisinage ne sont pas une fatalité. Grâce à une démarche rigoureuse, des preuves solides et éventuellement l’aide d’un professionnel du droit, vous pouvez faire cesser le trouble et faire respecter votre droit à la tranquillité. En cas de conflit persistant, n’hésitez pas à vous tourner vers le tribunal judiciaire ou un conciliateur pour faire valoir vos droits.
